Pourquoi cartographier une enquête
Un tableau range des objets côte à côte. Une enquête porte sur ce qui se passe entre eux. Voici le moment où la liste ne suffit plus, ce qu'une carte fait apparaître, et les cas où elle ne sert à rien.
Le moment où la liste ne suffit plus
Les premières heures d’une enquête tiennent dans un document texte. Une dizaine de noms, quelques liens, deux ou trois questions en attente. Le tableur arrive ensuite, et il tient encore un moment.
Puis quelque chose se casse. Ce n’est pas le volume, c’est la nature de ce que vous manipulez. Un tableau range des objets côte à côte. Une enquête, elle, porte sur ce qui se passe entre les objets : qui contrôle quoi, qui a enregistré ce domaine, quelle société partage une adresse avec quelle autre. Ces informations n’ont pas de colonne. On les met en commentaire, puis on les oublie.
Le signe qu’il est temps de changer de forme est toujours le même : vous ouvrez votre fichier et vous mettez plusieurs minutes à retrouver pourquoi deux lignes sont voisines.
Ce qu’une carte fait apparaître
Une carte pose chaque information à un endroit et rend le lien visible. Trois choses en découlent, qu’un tableau ne donne pas.
Les regroupements. Quand des entités reliées entre elles se rapprochent, les grappes se voient à l’œil nu. Cinq sociétés qui partagent une adresse et un même dirigeant forment une tache, pas cinq lignes éloignées.
Les points de passage. Certaines entités concentrent les liens. Une adresse e-mail présente partout, une personne au centre de trois structures : ce sont vos points de bascule, et une carte les désigne sans que vous ayez à compter.
Les trous. Un tableau ne montre jamais ce qui manque. Une carte, si. Deux groupes qui ne se touchent pas alors que vous les croyez liés, une entité isolée que rien ne rattache : ce sont des questions de travail que la forme vous met sous les yeux.
Les trois objets d’une carte
Une carte d’enquête n’a besoin que de trois notions, et il vaut mieux s’y tenir.
L’entité. Un objet du monde réel : une personne, une société, un domaine, une adresse, un document. Elle porte un type, parce que le type décide des informations qui ont un sens pour elle. Un domaine a un hébergeur et une date de création, une personne n’en a pas.
Le lien. La relation entre deux entités, avec un nom et souvent un sens. « Contrôle », « employé par », « enregistré au nom de », « situé à ». Le nom du lien est ce qui transforme un dessin en affirmation.
L’attribut. Ce que vous savez d’une entité, et surtout d’où vous le savez. C’est là que se range la source, la date de consultation, le numéro de la pièce.
Le glossaire reprend ces termes et les autres notions du métier.
Nommer les liens, tout le temps
C’est la règle la plus simple et la plus souvent négligée. Un trait entre deux entités qui ne dit pas ce qu’il représente ne vous servira à rien dans six semaines, et il ne servira à personne d’autre.
Un lien nommé fait trois choses en même temps : il vous oblige à trancher au moment où vous avez encore l’information en tête, il rend le raisonnement relisible par quelqu’un d’autre, et il vous permet de repérer les liens que vous n’arrivez pas à qualifier, qui sont précisément ceux à creuser.
Si vous hésitez entre deux formulations, prenez la plus prudente. Un lien « en contact avec » que vous préciserez en « employé par » vaut mieux qu’un lien « employé par » que vous n’oserez plus corriger.
Quand la carte ne sert à rien
Autant le dire : la forme n’est pas toujours la bonne.
- Quand vous cherchez une valeur, pas une structure. Comparer des montants, trier des dates, faire une moyenne : un tableau reste supérieur.
- Quand il n’y a pas de relation. Une liste de trois cents clients sans lien entre eux ne devient pas plus claire en graphe, elle devient un nuage.
- Quand la question est déjà tranchée. Cartographier après coup pour illustrer une conclusion produit un joli schéma et n’apprend rien à personne.
La carte sert pendant l’enquête, pour penser. Le schéma final n’en est qu’un sous-produit.
Les pièges courants
Tout mettre. Une carte n’est pas un entrepôt. Ce qui ne répond pas à la question posée l’encombre et la rend illisible.
Confondre la position et le sens. Deux entités voisines à l’écran ne sont pas liées pour autant. Seul le trait dit quelque chose, et seul son nom dit quoi.
Oublier les sources. Une carte sans référence est une opinion dessinée. Elle ne tiendra pas devant un lecteur exigeant.
S’arrêter à la première disposition. Une même carte réorganisée autrement montre autre chose. La méthode détaille les quatre dispositions utiles et le moment où chacune sert.
Passez de la lecture à la carte.
Ositra réunit vos entités et leurs liens sur une même surface, sur votre ordinateur.
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