Le renseignement en sources ouvertes
OSINT désigne le fait de collecter et de recouper des informations accessibles sans contourner de protection. Voici ce que le terme recouvre, d'où viennent les informations, comment on procède et où s'arrêtent les limites.
Ce que recouvre le terme
OSINT est l’abréviation de open source intelligence, que l’on traduit en français par renseignement en sources ouvertes. Le terme désigne le fait de collecter, recouper et interpréter des informations accessibles sans contourner quoi que ce soit : un registre du commerce, un article de presse, une annonce légale, une page publique, une base cadastrale, une photo satellite du domaine public.
Le mot « ouvert » porte sur l’accès, pas sur le prix ni sur la facilité. Une base payante mais accessible à tout client reste une source ouverte. Une information qu’il faudrait obtenir en usurpant une identité ou en accédant à un système sans autorisation n’en est pas une, même si elle traîne sur internet.
Le mot « renseignement » compte tout autant. Une collecte n’est pas encore du renseignement. Ce qui fait la différence, c’est le travail de recoupement, de mise en relation et d’interprétation qui vient après.
Ce qui n’en relève pas
Trois confusions reviennent souvent.
L’intrusion. Deviner un mot de passe, exploiter une faille, se connecter à un compte qui n’est pas le sien : ce n’est pas de l’OSINT, c’est une infraction. La frontière n’est pas floue, elle passe par l’autorisation d’accès.
L’ingénierie sociale. Se faire passer pour un candidat, un client ou un journaliste pour obtenir une information relève d’une autre discipline, avec un autre cadre. Une source reste ouverte tant que vous n’avez pas eu à mentir pour y accéder.
La compilation automatique. Aspirer un site et empiler des milliers de lignes produit un volume, pas une compréhension. Sans recoupement ni hiérarchisation, il ne reste qu’un tableau que personne ne lira.
D’où viennent les informations
Les familles de sources changent selon les pays, mais la structure est stable.
- Les registres officiels. Registre du commerce, annonces légales, publications au journal officiel, données cadastrales, marchés publics. Ce sont les sources les plus solides, parce qu’elles sont datées et opposables.
- La presse et les publications. Articles, communiqués, rapports d’organisations, travaux universitaires. Utiles pour le contexte et pour dater un fait.
- Les traces techniques. Enregistrements de noms de domaine, certificats, adresses de serveurs, archives de pages. Elles relient des objets entre eux quand les documents ne le font pas.
- Les publications des personnes et des organisations. Sites, profils professionnels, offres d’emploi, interventions publiques. À manier avec précaution : ce sont des déclarations, pas des faits établis.
- L’imagerie et la cartographie. Vues satellite, photos de rue, relevés topographiques, dans les limites de leurs conditions d’utilisation.
Comment on procède
Le travail se ramène presque toujours à la même boucle. Vous partez d’un élément connu, vous cherchez ce à quoi il se rattache, vous vérifiez, puis vous repartez du nouvel élément trouvé. On appelle pivot l’information qui permet ce saut : une adresse e-mail présente sur deux sites, une adresse postale commune à deux sociétés, un identifiant réutilisé d’une plateforme à l’autre.
La difficulté n’est pas de trouver, elle est de garder. Au bout de quelques jours, un dossier compte des dizaines d’éléments, et personne ne retient de tête pourquoi telle société a été rattachée à telle personne. C’est le rôle de la cartographie d’enquête : fixer les objets, nommer les liens et garder le raisonnement lisible. La méthode en quatre étapes décrit cette boucle en détail.
Ce qui fait la qualité d’un travail
Quatre critères permettent de juger un dossier en sources ouvertes, le vôtre comme celui d’un autre.
- Chaque affirmation a une source identifiable. Pas « on trouve sur internet », mais un document, une date, une référence.
- Les faits sont séparés des hypothèses. Un lien probable annoncé comme probable ne décrédibilise personne. Un lien probable annoncé comme certain fait tomber tout le reste.
- Les recoupements sont indépendants. Deux sites qui se recopient ne font pas deux sources.
- Le raisonnement se rejoue. Quelqu’un d’autre, avec le même dossier, doit pouvoir refaire le chemin et arriver au même endroit.
Les limites
Une source ouverte est datée, parfois périmée, souvent incomplète. Un registre reflète une déclaration, pas nécessairement la réalité. Une absence d’information n’est pas une preuve d’absence.
S’ajoute le cadre légal. Une information publique reste une donnée personnelle dès qu’elle concerne une personne identifiable, avec les obligations qui vont avec. Le guide sur les données personnelles détaille ce que cela implique en pratique.
Enfin, il y a la question du volume. Rien n’oblige à collecter tout ce qui est accessible. Un dossier resserré sur ce qui répond à la question posée se défend mieux qu’un dossier exhaustif que personne ne maîtrise.
Passez de la lecture à la carte.
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